Les risques liés au dépassement des limites planétaires sont de plus en plus reconnus par les décideurs politiques dans le monde entier, y compris en Belgique. Comme le souligne la première Stratégie de sécurité nationale de la Belgique, le changement climatique et la dégradation de l’environnement constituent un large éventail de menaces pour les citoyens du pays, son économie et son environnement naturel. Ces impacts se font déjà sentir aujourd’hui et devraient s’intensifier à l’avenir.
Les décideurs politiques sont dès lors confrontés à un besoin croissant de mieux comprendre non seulement les conséquences physiques du réchauffement climatique et du dépassement des limites planétaires, mais aussi leurs impacts socio‑économiques. Les politiques visant à maintenir les activités humaines dans les limites environnementales de la planète doivent également tenir compte de la « base sociale », c’est‑à‑dire des effets sur les droits humains fondamentaux tels que l’accès à un logement abordable, à l’énergie, à l’alimentation, ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes.
C’est pour cette raison que CERAC s'intéresse non seulement aux risques physiques liés au dépassement des limites planétaires, mais aussi à leurs implications sociales (voir le chapitre 6, Social Impacts, du rapport Is Belgium Living within its Safe Operating Space ?).
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©Sébastien Van Malleghem
Défis sociaux en Belgique liés au changement climatique
Dans l’Évaluation belge des risques climatiques, nous avons analysé quels groupes sont socialement vulnérables aux risques liés au changement climatique et à la dégradation des écosystèmes. Nos résultats montrent que le changement climatique est susceptible de poser des défis sociaux majeurs en Belgique. Si l’ensemble de la population sera affectée à mesure que les risques climatiques et environnementaux s’intensifient, les personnes en situation de vulnérabilité — en particulier celles disposant de faibles revenus — seront touchées de manière disproportionnée.
Toutefois, ces risques ne se limiteront pas aux groupes traditionnellement considérés comme vulnérables, tels que les personnes les plus démunies ou les personnes âgées. À mesure que les aléas climatiques deviennent plus fréquents et plus intenses, un nombre croissant de personnes pourrait se retrouver en situation de vulnérabilité. L’ampleur des impacts variera en fonction du statut socio-économique, des conditions de logement, de l’état de santé et de la situation professionnelle.
Exemples concrets observés en Belgique :
- Les propriétaires de logements situés dans des zones sujettes aux inondations peuvent se retrouver piégés dans leurs biens, dans l’incapacité de les vendre, de les assurer, de les rénover ou de les réparer. Les locataires à faibles revenus, qui vivent souvent dans des logements mal isolés et insuffisamment ventilés, seront probablement davantage touchés par les vagues de chaleur et la mauvaise qualité de l’air, et disposent généralement de peu de moyens pour se relocaliser.
- Les agriculteurs sont exposés à de multiples risques, notamment les températures extrêmes, les maladies du bétail, la pénurie d’eau, la baisse des rendements agricoles, la perte de pollinisateurs et l’exposition à des maladies à transmission vectorielle. L’ensemble de ces pressions peut engendrer une forte contrainte économique et psychologique.
- Les habitants des zones urbaines seront de plus en plus confrontés aux effets d’îlots de chaleur urbains, à des niveaux plus élevés de pollution de l’air et à une augmentation des risques de maladies transmissibles. À l’inverse, les populations rurales peuvent rencontrer des difficultés d’accès aux soins de santé lors d’épisodes météorologiques extrêmes en raison de leur isolement géographique.
Vulnérabilités cumulatives
Certaines personnes seront exposées de manière accrue aux risques climatiques en raison de facteurs de vulnérabilité qui se cumulent, tels qu’un logement précaire, une situation professionnelle instable et une mauvaise santé. À titre d’exemple, une mère célibataire avec deux jeunes enfants vivant dans un quartier défavorisé situé en zone inondable peut faire face à de multiples contraintes lors d’une inondation : la relocalisation n’est pas envisageable, l’évacuation est complexe et lente, et des risques sanitaires (tels que l’exposition aux moisissures) peuvent survenir. Elle se trouve dès lors nettement plus exposée qu’une personne ne cumulant pas ces vulnérabilités.
Un défi pour les politiques d’adaptation
Comme l’explique Els Barnard, experte en questions sociales au sein de CERAC :
« Si les besoins des groupes vulnérables ne sont pas pris en compte dans les politiques d’adaptation, les inégalités sociales, économiques et sanitaires s’aggraveront. La cohésion sociale s’érodera et la confiance dans les institutions diminuera. »
Il est donc essentiel d’intégrer les considérations sociales dans les politiques climatiques — et en particulier dans les stratégies d’adaptation — afin de renforcer la résilience de la Belgique.
Pour de plus amples informations, veuillez consulter le chapitre 4 du rapport, qui présente un aperçu des vulnérabilités sociales liées aux risques analysés dans l’Évaluation belge des risques climatiques. Le chapitre 7 expose, entre autres éléments, nos recommandations en vue d’assurer une transition juste et résiliente.