Les « Planetary Guardians » et le Pr Johan Rockström, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK), lancent le Chief Planetary Scientist Network à l’occasion de la London Climate Action Week. Luc Bas, directeur du CERAC (Centre belge d’analyse des risques du changement climatique), a été nommé « Chief Planetary Officer », et d’autres nominations dans d’autres pays devraient suivre.
Cette initiative marque le lancement d’un effort mondial visant à placer des conseillers scientifiques de haut niveau au cœur des gouvernements nationaux afin de traduire les connaissances scientifiques sur le système planétaire en décisions budgétaires, politiques pertinentes et plans de sécurité nationale.
Au sein de ce réseau mondial, un « Chief Planetary Scientist » (CPS) ou un « Chief Planetary Officer » (CPO), selon le contexte national, fournira des orientations scientifiques intégrées, concrètes et ancrés dans le « Planetary Boundaries Framework ». Chaque pays transposera ces connaissances scientifiques aux niveaux national et infranational, permettant ainsi l’implication au niveau local. Ils feront partie d’un réseau international en pleine expansion, partageant des informations le cas échéant, et contribuant ainsi à un tableau de bord global de la santé de la planète. Chaque pays définira le fonctionnement de ce rôle au sein de ses structures.
La Belgique est devenue un des premiers membres de ce réseau avec la nomination de Luc Bas, directeur du CERAC belge (Centre d’analyse des risques du changement climatique), au poste de « Chief Planetary Officer ». Luc et le Centre belge d’analyse des risques du changement climatique ont transposé les connaissances en matière de « Planetary Boundaries » au niveau national, via des analyses de risques au niveau national. Son titre reflète le prolongement du travail essentiel qu’il a mené, aux côtés de la Belgique, ces dernières années.
Le « Chief Planetary Scientist Network » comble une lacune critique dans l’architecture de gouvernance : dans la plupart des gouvernements, personne ne fait le lien entre la science des systèmes planétaires et les politiques nationales au sein des différents services publics en charge des finances, de la sécurité, du développement économique, de la santé et de l’environnement. Là où des « Chief Scientists » ont été nommés par des gouvernements, leur mandat couvre rarement l’ensemble des limites planétaires, ces neuf systèmes vitaux interconnectés qui définissent l’espace opérationnel sûr pour l’humanité. Cela peut conduire à une compréhension incomplète des risques et à des occasions manquées de soutenir des décisions politiques et d’investissements plus holistiques. Par exemple, le rapport « Renewable Freedom » met en avant des pays et des entreprises qui ont opéré la transition vers les énergies renouvelables, minimisant les chocs actuels liés au prix du pétrole pour leurs citoyens – une politique dont les conséquences s’étendent bien au-delà des services publics en charge de l’Environnement.
Nous vivons un moment sans précédent de l’histoire. Le « Planetary Health Check 2025 », publié chaque année par le « Planetary Boundaries Science Lab » du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et relayé par les Planetary Guardians, a révélé que sept de ces neuf limites ont désormais été franchies. Le franchissement de ces limites présente des risques économiques, sanitaires et sécuritaires considérables pour les gouvernements.
La Belgique ressent déjà les conséquences du dépassement des limites planétaires : avec un réchauffement de +2 °C, la chaleur pourrait causer plus de 1 000 décès supplémentaires par an, tandis que les crises récentes — des inondations de 2021 (39 morts, 16 000 personnes déplacées, 5,2 milliards d’euros de dégâts) aux quelque 2 940 décès prématurés dus à la pollution atmosphérique en 2023, et à l’aggravation de la pénurie d’eau et de la précarité alimentaire due à la hausse des prix — montrent à quel point les risques s’accumulent, en particulier pour les groupes vulnérables. La Belgique agit déjà, au moyen d’investissements tournés vers l’avenir comme la restauration à grande échelle de zones inondables, la gestion intégrée de l’eau, des solutions fondées sur la nature qui protègent à la fois l’homme et la nature, ainsi que des efforts croissants au niveau local pour renforcer la cohésion sociale et protéger les groupes vulnérables via des mesures d'adaptation. Ces exemples montrent que des solutions existent — mais le principal défi consiste désormais à les déployer rapidement à grande échelle afin de faire face à la vitesse et à l’ampleur des risques.
« La Belgique est fière de contribuer au lancement d’un réseau mondial avec la nomination de Luc Bas en tant que premier membre du Chief Planetary Officer Network. Nous nous appuyons sur les meilleures données scientifiques disponibles en matière de limites planétaires pour éclairer nos décisions politiques et d’investissements et les relier à nos stratégies de sécurité. Les risques climatiques et environnementaux étant de plus en plus systémiques ; nos réponses doivent être fermes et déterminées. »
Jean-Luc Crucke, ministre belge de la Mobilité et du Climat
La nomination de Luc Bas est une première étape dans le cadre du réseau mondial que les Planetary Guardians sont en train de mettre en place, couvrant tous les continents, y compris les pays plus vulnérables à l’effondrement d’écosystèmes clés comme l’AMOC et les bassins forestiers tropicaux.
D’ici fin 2026, les « Planetary Guardians » ont pour objectif de nommer des Chief Planetary Scientists et Officers sur trois continents. Cela marquera le début d’un réseau mondial de pays ayant manifesté un vif intérêt à rejoindre cette initiative majeure afin de garantir un avenir sûr, sain et prospère à leurs citoyens.
Ce réseau mondial sera coordonné par les Planetary Guardians et le PIK. Ses membres collaboreront au-delà des frontières sur des risques communs, incluant les dépendances de la chaîne d’approvisionnement, les points de bascule régionaux et les écosystèmes transfrontaliers. Ils partageront également des solutions et des bonnes pratiques qui pourront être adaptées et déployées à grande échelle dans différents pays.
« Être membre de ce réseau, c’est combler un fossé critique : celui qui sépare la science complexe du système terrestre des actions politiques concrètes. Nous avons désormais l’occasion de démontrer qu’une prise de décision intégrée et fondée sur la science est non seulement possible, mais aussi indispensable pour garantir une société résiliente, sûre et pérenne, respectant les limites de notre planète. »
Luc Bas, directeur du CERAC et premier « Chief Planetary Officer » de Belgique