En Belgique, 66 % des sols souffrent d’une dégradation de leur biodiversité. L’usage d’engrais importés aggrave la pollution des sols et crée un cercle vicieux. Sous prétexte de maintenir des rendements agricoles, ces engrais importés renforcent la dépendance du pays à des approvisionnements instables dans un contexte géopolitique tendu.
Des sols pollués affaiblissent les rendements agricoles
La biodiversité des sols est essentielle pour le bon développement des plantes, et donc pour l’agriculture. Elle remplit plusieurs services écosystémiques : le recyclage des nutriments, la régulation du cycle de l’eau, la résistance et la vigueur des plantes, etc. Sa dégradation, sous l’effet de différents facteurs dont la pollution, rend les cultures dépendantes de certains intrants externes comme les engrais.
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Application of agricultural inputs on farmland in Belgium.
Ces engrais sont utilisés notamment pour augmenter à court terme la productivité des sols, ou pour compenser sa perte. Paradoxalement, ces intrants entrainent davantage de pollution des sols, engendrant à moyen terme une perte de productivité. Cela fragilise l’ensemble du système agricole sur le long terme.
Des engrais riches en métaux lourds accentuent la pollution des sols
Face à cette problématique, et dans un contexte d’une course à la productivité, la Belgique utilise des engrais importés. Ceux-ci contiennent des métaux lourds persistants, comme le cadmium, qui s’accumulent dans les sols. Ces engrais importés polluent à leur tour les terres agricoles belges, amplifiant la problématique évoquée ci-dessus. Un cercle vicieux s’installe :
Une forte dépendance aux engrais importés
La Belgique ne possède pas de ressource naturellement riche en phosphate nécessaire à la production de certains engrais. Elle dépend donc entièrement des importations, notamment en provenance du Maghreb, dont le Maroc. Or, certaines des matières premières importées d’Afrique du Nord contiennent une plus grande teneur en métaux lourds, comme le cadmium. Une fois ces engrais épandus sur nos sols, ils renforcent donc leur niveau de pollution.
L’Union européenne a également réduit ses importations d’engrais en provenance de certains pays pour des raisons géopolitiques, ce qui a entrainé une réorganisation des chaînes d’approvisionnement.
En effet, notamment sous l’effet de la crise dans le détroit d’Ormuz, les pays qui s’approvisionnaient dans les pays du Golfe se tournent vers d’autres régions, comme l’Afrique du Nord. Cette dynamique intensifie la compétition avec l’Union européenne pour s’approvisionner en engrais. Les prix augmentent et les chaînes d’approvisionnement se retrouvent davantage fragilisées.
Résultat : la Belgique étant exposée aux crises géopolitiques, économiques et logistiques, elle se retrouve stratégiquement dépendante d’une situation dont elle n’a pas la maîtrise. Cette vulnérabilité structurelle dépasse la problématique agricole. Elle touche aussi directement la sécurité du pays.
Recommandations
Il est nécessaire pour la Belgique de changer de paradigme pour limiter le plus possible cette dépendance. Pour ce faire, le CERAC émet ci-dessous plusieurs recommandations.
Restaurer la santé des sols :
- Réduire l’usage des engrais chimiques
- Développer des pratiques agroécologiques
- Mieux connaître et protéger la biodiversité des sols, essentielle mais encore largement méconnue
Diminuer notre dépendance aux engrais importés
- Améliorer le suivi de la santé des sols
- Privilégier les sources alternatives d’engrais comme l’ammoniac vert, les fertilisants « circulaires » (comme ceux issus des déchets organiques), etc.
- Diversifier les approvisionnements
Renforcer les connaissances scientifiques sur la biodiversité des sols et sa vulnérabilité aux intrants agricoles de synthèse
Conclusion
La dégradation des sols est désormais identifiée comme une menace directe pour la production alimentaire et la résilience agricole.
La Belgique fait face à une double problématique qui fragilise l’agriculture et la sécurité du pays
- D’un côté, les engrais importés contribuent à moyen terme à la dégradation des sols et à la perte de biodiversité.
De l’autre, leur importation renforce une dépendance à des chaînes d’approvisionnement instables et imprévisibles en cas de crises géopolitiques.
Protéger et restaurer la biodiversité des sols est une nécessité non négociable pour une agriculture durable, résiliente, et contribuant à limiter la dépendance de la Belgique aux importations d’engrais. Sans sol en bonne santé, aucune stratégie agricole ou d’approvisionnement ne peut être durable.