L’événement consacré à la publication du Belgian Climate Risk Assessment (BCRA) représente un moment charnière pour la politique climatique et sécuritaire belge. Pour la première fois, le Cerac présente une analyse complète et systématique des risques climatiques et environnementaux, basée sur le cadre européen de l’EUCRA. Ce rapport constitue l’évaluation à ce jour la plus exhaustive des vulnérabilités belges, couvrant des dimensions écologiques, économiques, sociales et sécuritaires. Il met en évidence l’ampleur des menaces ainsi que l’urgence d’une action coordonnée.
Importance du BCRA : un outil commun d’évaluation des risques
Les analyses de la BCRA révèlent que la Belgique n’est actuellement pas suffisamment préparée aux conséquences du changement climatique. La catastrophe de la vallée de la Vesdre en 2021 – rappelée à plusieurs reprises durant l’événement – reste la preuve la plus concrète de cette vulnérabilité. La BCRA va au-delà des études climatiques classiques : le rapport inclut également cinq risques liés à la perte de biodiversité, tient compte des interactions entre risques et compare la situation belge aux références internationales.
Le rapport sert de boussole stratégique – comme l’a indiqué Stéphanie Roland (au nom du ministre Crucke) – pour guider les nouvelles stratégies d’adaptation, renforcer la coopération entre niveaux de pouvoir et préparer un plan interfédéral pour les phénomènes météorologiques extrêmes. Son message est clair : la politique climatique est aussi une politique de sécurité, de santé publique et d’économie.
La dimension européenne a été largement abordée. Selon Martin Spolc (Commission européenne, DG CLIMA), la BCRA s’inscrit parfaitement dans l’évolution vers une Union européenne de préparation, fondée sur des scénarios, indicateurs et méthodologies partagées. Les enseignements de la BCRA doivent être intégrés dans la planification nationale et sectorielle, notamment dans les secteurs du transport, de la défense et dans les projections macro-économiques.
Veronika Safrankova (UNEP) a rappelé que le monde entre dans une période de polycrises, où changement climatique, perte de biodiversité et pollution s’amplifient mutuellement. L’écart en matière d’adaptation ne cesse de croître, et sans une augmentation majeure des financements – jusqu’à 1,3 milliard de dollars selon la feuille de route Baku-Belém – les groupes vulnérables en paieront le prix le plus élevé.
Panel 1 – Inondations, assurabilité et stabilité financière
Le premier panel a débattu de l’érosion de l’assurabilité face aux risques climatiques, un enjeu croissant à mesure que les conditions extrêmes deviennent plus fréquentes et intenses. Les représentants des autorités locales, du secteur assurantiel et de la Banque nationale ont dressé un constat commun : l’augmentation des sinistres menace non seulement les ménages et les infrastructures, mais aussi la stabilité du système financier.
Les autorités locales ont insisté sur la réalité du terrain : coûts de reconstruction, contraintes d’aménagement, nécessité d’une prévention structurelle. La Banque nationale a mis en garde contre le risque systémique lié à la possible inassurabilité de certaines zones.
La citation de Hein Lannoy (CEO Assuralia) a marqué ce panel :
« Le secteur assurantiel accueille favorablement le Belgian Climate Risk Assessment. Il montre que sans une coopération public-privé durable, le citoyen risque d’être laissé pour compte lors d’une prochaine catastrophe naturelle majeure. Le secteur fera tout ce qu’il peut, mais il ne peut pas agir seul. »
Panel 2 – Stress thermique et santé : une crise silencieuse
Le deuxième panel a mis en évidence le risque croissant de stress thermique, qui pourrait causer plus de 1 000 décès supplémentaires par an selon la BCRA. Les experts ont expliqué que ce phénomène est autant social que médical : îlots de chaleur urbains, systèmes de soins sous-équipés, inégalités d’exposition. Les solutions évoquées incluent la végétalisation urbaine, l’amélioration de l’isolation des bâtiments, la création d’espaces frais accessibles à tous, ainsi qu’une surveillance et une approche « One Health ».
Panel 3 – Écosystèmes, dégradation des sols et sécurité alimentaire
Le troisième panel s’est concentré sur les fondements de la production alimentaire. La BCRA révèle que la dégradation des sols en Belgique devient critique, avec près de 90 % des terres arables wallonnes sous le seuil acceptable en matière de matière organique.
Les scientifiques ont expliqué que la restauration peut prendre des siècles et qu’on se rapproche d’un point de non-retour. Les solutions reposent sur des pratiques agro-écologiques, la diversification des cultures, la protection du couvert végétal et des politiques équitables qui tiennent compte des consommateurs les plus vulnérables.
Panel 4 – Climat et sécurité : un nouveau paradigme
Le quatrième panel a analysé le changement climatique comme défi sécuritaire majeur. Les services de gestion de crise, la sécurité civile, la défense et la diplomatie ont convergé vers une conclusion commune : les systèmes actuels sont solides, mais pas adaptés aux risques futurs. La BCRA sert d’outil pour déterminer si les plans existants sont encore adéquats et pour clarifier les responsabilités.
La dimension géopolitique a également été mise en avant : instabilité, migrations, tensions internationales.
Entretien final – Bruxelles comme laboratoire, mais freinée par la fragmentation
Le ministre Alain Maron a insisté sur les obstacles liés à la fragmentation institutionnelle en Belgique. Malgré les progrès réalisés à Bruxelles – végétalisation, plans chaleur, gestion de l’eau –, l’absence de cohérence nationale limite l’impact global. L’abstention belge lors de l’accord européen sur les objectifs 2040 illustre un manque de courage politique.
La BCRA constitue selon lui un instrument essentiel pour établir des priorités et renforcer les collaborations.
Conclusion
L’événement a démontré que la BCRA est bien plus qu’une étude : c’est le fondement d’un nouveau contrat social autour des risques climatiques. Il expose nos vulnérabilités, les interactions entre risques et les choix nécessaires pour protéger populations, économie et environnement.
Le message transversal : l’adaptation n’est plus une option, mais une obligation pour assurer la résilience de notre société. Les coûts de l’inaction dépasseront de loin ceux de la prévention. Grâce à la BCRA, la Belgique dispose désormais des connaissances nécessaires pour agir.
Programme
BCRA event
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