Lors d’une inondation, d’une tempête ou d’une vague de chaleur, l’accès rapide aux alertes et aux consignes de sécurité peut être plus difficile pour les personnes sourdes et malentendantes. À l’occasion de la Journée mondiale des Sourds, ce 26 septembre, le CERAC s’est intéressé aux obstacles de communication susceptibles d’accroître les difficultés rencontrées par ces personnes face aux aléas climatiques.
Pour mieux comprendre cette problématique, le CERAC a interviewé les organisations représentatives du côté francophone et néerlandophone, à savoir Doof Vlaanderen et la Fédération Francophone des Sourds de Belgique (FFSB).
Une information qui n’atteint pas toujours tout le monde
Selon Doof Vlaanderen et la FFSB, une partie des informations diffusées lors d’une catastrophe repose encore fortement sur la communication orale : radio, sirènes, haut-parleurs, conférences de presse ou consignes des services de secours.
Doof Vlaanderen observe que les personnes sourdes et malentendantes reçoivent souvent les informations auditives d’un tiers ou via les réseaux sociaux. De ce fait, de nombreuses personnes dépendent involontairement d’autrui pour être informées d’une catastrophe et comprendre les consignes diffusées.
Cette dépendance peut entraîner un accès plus tardif à l’information. Elle est souvent plus marquée chez les personnes âgées ou isolées, qui disposent parfois d’un accès plus limité aux outils numériques, tels qu’internet ou les réseaux sociaux. Recevoir la même information, au même moment et avec le même degré de précision que le reste de la population est essentiel pour que les personnes sourdes et malentendantes puissent prendre des décisions de manière autonome.
Ensuite, les deux organisations rappellent qu’un message écrit ne suffit pas toujours. En effet, les personnes sourdes et malentendantes ne constituent pas un groupe homogène et leurs besoins diffèrent. Elles soulignent dès lors l’importance de communications multimodales, combinant plusieurs formats : texte, visuels, sous-titrage, langue des signes…
Des alertes et des secours encore difficiles d’accès
Les deux organisations mettent en évidence les limites des dispositifs principalement sonores. Une évacuation annoncée par haut-parleur ou des instructions données oralement peuvent ne pas être perçues par certaines personnes sourdes ou malentendantes.
Filip Verstraete, collaborateur de Doof Vlaanderen, souligne : « En ce qui concerne les services de secours, il existe l’application du 112 BE qui permet d'envoyer un message via une fonction de chat. Mais la communication écrite demande du temps et une bonne maîtrise de la langue écrite. Cela peut être difficile en situation d’urgence. Les victimes sont souvent stressées ou en état de choc ».
De son côté, Vanessa Picron, chargée de communication à la FFSB estime : « Les outils existants, comme l’application 112 BE, BE-Alert ou le guichet électronique 1722 constituent des avancées. Toutefois, nos tests effectués avec les urgences de Namur en 2025 ont également mis en évidence certaines limites techniques qui peuvent devenir critiques en situation d'urgence. Si la connexion pose déjà problème dans de bonnes conditions, que se passe-t-il lors d’une catastrophe qui perturbe les réseaux ? »
Maintenir l’accessibilité pendant toute la crise
Les deux organisations estiment que l’accessibilité doit être intégrée en amont et systématiquement, dès la phase de préparation de la communication de crise. Il est également essentiel de recourir au sous-titrage, à la langue des signes, aux supports visuels et à des messages écrits clairs, rédigés dans un langage simple et compréhensible.
La FFSB insiste sur la continuité de l’accessibilité. Elle plaide pour que l’information reste accessible durant toute la crise et après celle-ci, depuis les actions de prévention et les alertes jusqu’à l’évacuation, l’accueil des personnes concernées, les soins et les démarches post-crise.
La FFSB rappelle également que les inondations de juillet 2021 en Wallonie ont mis en évidence l'importance d'une communication rapide et accessible lorsque la situation évolue rapidement. L'organisation souligne aussi que, lors d'une catastrophe touchant une région entière, il peut être risqué de compter uniquement sur l'entourage pour relayer les informations, les proches pouvant eux-mêmes être confrontés à la situation d'urgence.
L’accessibilité, un enjeu de résilience
Les personnes sourdes et malentendantes ne sont pas davantage exposées aux aléas climatiques. Toutefois, lorsque les systèmes d’information, d’alerte ou de secours ne sont pas pleinement accessibles, des obstacles supplémentaires peuvent apparaître. Les contributions de Doof Vlaanderen et de la FFSB montrent qu’une communication accessible et pensée en amont constitue un élément important de la gestion des risques et du renforcement de la résilience de tous les citoyens, face aux événements climatiques extrêmes. L’accessibilité en situation de crise ne constitue pas un confort ou une adaptation secondaire : elle fait directement partie de la sécurité de la population.
Méthodologie : Cet article s’appuie sur les contributions recueillies par le CERAC, avec l’aide de notre experte en questions sociales Els Barnard, auprès de Doof Vlaanderen et de la Fédération Francophone des Sourds de Belgique en septembre 2026.