La France a lancé début 2023 les travaux pour l'élaboration de son troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) publié le 10 mars dernier. Ce plan marque un changement stratégique majeur, en abordant explicitement l’adaptation climatique à travers 52 mesures comprenant plus de 200 actions concrètes réparties sur cinq ans. Il est le fruit d’une méthodologie participative rigoureuse impliquant les acteurs publics, les entreprises, les syndicats et organisations représentatives, les assureurs, les institutions scientifiques et les collectivités territoriales.
Un nouveau contexte : un climat changeant, une approche renouvelée
La spécificité du PNACC-3 réside dans le choix assumé de partir du scénario selon le GIEC qui anticipe un réchauffement de +3°C au niveau mondial d'ici 2100, ce qui correspond à un réchauffement de +4°C pour la France, le continent européen se réchauffant plus vite que la moyenne mondiale. Ce postulat a d’abord suscité des débats en France, mais un consensus scientifique émerge aujourd’hui autour de la nécessité de s’y préparer. Comme l’a affirmé Diane Simiu, directrice du climat, de l'efficacité énergétique et de l'air au ministère de la Transition écologique français :
« Il faut être prêt à un réchauffement de +4 °C en France – cela exige des choix concrets, pas des intentions vagues. »
Afin de répondre aux impacts déjà visibles et se préparer aux impacts futurs, ce plan se concentre exclusivement sur l’adaptation, et non sur la réduction des émissions traitée dans la stratégie nationale bas carbone de la France. Cette distinction est essentielle, notamment parce que, comme en Belgique, d nombreux plans régionaux ou locaux mêlent encore adaptation et atténuation.
Une stratégie cohérente à tous les niveaux
Le PNACC-3 adopte une approche à la fois sectorielle et territoriale. Quatre groupes de travail ont été constitués sur les thèmes des normes et infrastructures, de l'adaptation des collectivités territoriales, de la résilience de l'activité économique et de la biodiversité, avec une attention particulière portée aux collectivités d’outre-mer et zones les plus vulnérables. Ainsi, le plan ne se limite pas à une vision nationale : il s’inscrit dans une logique de déploiement multiscalaire.
Une évaluation annuelle de la mise en œuvre est prévue, permettant des ajustements dynamiques et renforçant la transparence et la responsabilisation des parties prenantes.
De l’analyse à l’action
L’un des volets centraux du plan est l’analyse approfondie des risques. Le PNACC-3 vise à quantifier ce à quoi nous devons nous attendre : montée du niveau de la mer, vagues de chaleur, pénuries d’eau, feux de forêt… Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de décider collectivement des modèles d'adaptation à adopter, par exemple, si l’on investira dans des digues plus hautes, ou s’il faudra anticiper des expropriations dans certaines zones à risque.
Le plan souligne également la nécessité d’une transformation systémique. La décarbonation est considérée comme une condition sine qua non pour renforcer la résilience, l'adaptation et l'atténuation constituant les deux facettes de l'action climatique.
Un enjeu pour le secteur privé
Le plan ne concerne pas uniquement l’État. Les acteurs privés, et en particulier le secteur assurantiel, y jouent un rôle central. Les modèles de risques, les primes, et les couvertures évoluent face à l’augmentation des sinistres liés au climat. Les entreprises sont invitées à analyser leur vulnérabilité et à élaborer leurs propres stratégies d’adaptation.
Le plan vise également à traduire certaines recommandations en droit contraignant, notamment en matière d'aménagement du territoire, afin d'intégrer la trajectoire de réchauffement de référence dans les documents de planifications locaux. Des aides financières et techniques sont également prévues pour accompagner les citoyens, c'est par exemple le cas pour la rénovation des logements : il s’agit d’aider les citoyens à mieux protéger leurs habitations contre la chaleur ou les inondations.
Une intégration européenne
Le PNACC-3 s’inscrit dans le cadre plus large des politiques d’adaptation européennes, en lien direct avec les travaux de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Il respecte des méthodologies compatibles avec les exigences européennes, facilitant ainsi la coopération et la comparaison entre États membres.
Un parcours politique semé d’embûches
L’élaboration du PNACC-3 n’a pas été simple. Le contexte politique français a été marqué par des recompositions internes qui ont retardé son adoption. Néanmoins, grâce à une base scientifique solide, une volonté administrative forte et des actrices comme Diane Simiu, le plan a vu le jour et représente aujourd’hui un outil structurant et mobilisateur.
Conclusion
Le PNACC-3 constitue un instrument stratégique majeur, qui place l’adaptation au cœur de toutes les politiques publiques. Avec ses 52 mesures et plus de 200 actions, son système de suivi annuel, et la mobilisation d’un large éventail d’acteurs, il dépasse la simple déclaration d’intention pour devenir un véritable plan de travail pour la France. Son succès dépendra toutefois de la capacité à faire face aux décisions difficiles, non pas dans un avenir lointain, mais dès aujourd’hui.